Carte d'Identité
MàJ 26/03/2005

 
    Voici un récapitulatif des divers renseignements connus à ce jour sur Caridina Japonica :


Femelle (pleine d'oeufs)

Mâle
Noms usuels : Crevette mangeuse d'algues, Crevette d'Amano ou de Yamato

Amano shrimp, Yamato shrimp, Algae shrimp, Japanese Swamp shrimp

Amano-Garnele

Gambero di Yamato

Yamato Numa Ebi ("Crevette des marais Yamato")

Classification zoologique : Embranchement : Invertébrés, Arthropodes ; sous-embranchement : Crustacés
Classe : Malacostracés ; sous-classe : Eumalacostracés
Super-ordre : Eucarides ; ordre : Décapodes
Sous-ordre : Pleocyemata ; infra-ordre : Caridea
Famille : Atyidae ; Genre : Caridina
Espèce : Caridina Japonica
Habitat naturel : Japon : bien entendu les marais du fleuve Yamato, mais on trouve des Caridina Japonica dans beaucoup d'autres fleuves et rivières, les régions de Chiba et Shimane. Taiwan, Corée.
Durée de vie : 2 à 3 ans.
Morphologie :     Corps gris transparent (mais la couleur peut varier sensiblement en fonction de l'alimentation, de l'éclairage, et la couleur du décor), ponctué de petites taches noires formant des "pointillés" plus ou moins réguliers sur les flancs. Sur le dos la coloration grise devient plus dense, et une ligne claire centrale, cernée d'un liseré noir, va de la tête à la queue.
Fréquence des mues :     Comme pour tous les crustacés, la fréquence des mues dépend essentiellement de l'âge, car la première cause qui provoque la mue est le besoin de croissance : un jeune individu en pleine croissance mue donc beaucoup plus souvent qu'un adulte. Mais attention, un adulte a toujours besoin de muer d'une part car il grandit toujours un peu, et d'autre part car la mue permet de renouveler la carapace et les organes perdus à cause de bagarres ou de prédateurs (pattes, pinces et antennes). Concrètement, une juvénile de quelques semaines peut muer chaque semaine, à l'âge de 6 mois plusieurs fois par mois, et à 1 an (taille adulte atteinte) la fréquence des mues est descendue à quelque chose comme une fois par mois. Puis la fréquence va diminuer petit à petit jusqu'à atteindre 2 à 3 mues par an pour une crevette en fin de vie. Ces chiffres n'ont rien d'officiels, ils sont issus de mes propres observations - et estimations, en fonction de la croissance des bestioles ! Difficile d'être vraiment précis car les crevettes se cachent pour muer, et de plus la nourriture et la dureté de l'eau peuvent influer sur la vitesse de croissance : donc la seule chose sûre est qu'une crevette qui grandit vite mue fréquemment, et inversement lorsqu'elle ne grandit plus (ou peu) elle mue peu.
Comportement :     Dans son milieu naturel, c'est un animal grégaire vivant par bancs de plusieurs centaines d'individus. En revanche dans nos bacs on ne retrouve pas forcément cet instinct grégaire, ce qui peut être dû au faible nombre d'individus que l'on fait cohabiter, ou encore à l'absence de prédateurs.
    Ce sont des crevettes qui ne posent aucun problème de cohabitation notable : elles peuvent cohabiter avec d'autres crevettes, pourvu que ces dernières ne soient pas bagareuses (éviter les macrobrachium). Elles peuvent éventuellement gêner certains poissons avec lesquels elles partagent le même territoire (par exemple ancistrus, corydoras, etc.) mais rien de méchant n'est à craindre de ce côté. Elles sont peu farouches si on les met avec des poissons qui les laissent tranquilles, et dans ce cas elles n'hésitent pas à sortir nager dans le bac pour chercher de la nourriture, et on ne voit qu'elles dans l'aquarium. En revanche si elles cohabitent avec des poissons manifestant une certaine curiosité à leur égard, voire un net intérêt "gastronomique", elles risquent de rester cachées toute la journée dans le décor et les plantes.
    Elles sont très paisibles la plupart du temps, passant leurs journées à parcourir le sol et le décor et à se nourrir des déchêts organiques qui s'y déposent, mais il peut arriver ponctuellement qu'elles nagent frénétiquement tout autour de l'aquarium, se heurtant aux plantes et au décor. Si seulement les mâles jouent ainsi les Schumacher, il s'agît probablement d'une femelle prête à s'accoupler qui a libéré ses phéromones. Si en revanche mâles et femelles sont identiquement frénétiques, deux raisons sont possibles :
- Si vous venez de faire un changement d'eau, l'eau nouvelle semble déclencher leur instinct migratoire, sans doute le même instinct qui leur permet de retrouver leur chemin depuis la mer jusque dans leur habitat d'origine.
- Sinon, il s'agît peut-être d'une moins bonne nouvelle : un poisson est mort et son cadavre excite leur apétit de charognards. D'ailleurs il n'est pas rare de les voir s'interesser à un poisson malade gisant sur le fond alors que celui-ci n'est pas encore mort...
Population d'un aquarium :    En aquarium, il serait souhaitable d'en faire cohabiter un maximum afin d'essayer de leur faire retrouver leur instinct grégaire. Et ce maximum dépend directement d'un facteur limitant : la taille. Jusqu'alors, il s'agissait plutôt de la taille du porte-monnaie : à 5€ voire plus la crevette, difficile de donner libre-cours à ses envies ! Maintenant avec ma méthode d'élevage, on va enfin pouvoir peupler nos bacs en fonction de leur taille à eux !
   Ici, il ne faut plus raisonner, comme avec les poissons, en termes de "cm par litre", car les crevettes nagent très peu et occupent surtout le fond et le décor : il convient donc de raisonner en termes de "cm par m² de fond", ou encore "cm par dm²". A mon avis la population d'un bac doit se situer dans une fourchette de 1 à 2 cm / dm², c-à-d 1 à 2 cm de crevette par carré de 10cm de côté du fond de l'aquarium. Par exemple si votre bac est un 200L standard et mesure 100 x 40 cm, il dispose d'un fond de 40dm², vous pouvez donc y mettre 40 à 80 cm de crevettes, ce qui représente 10 à 20 crevettes (avec une population égale en mâles et en femelles). Attention cependant, il faut tenir compte d'autres facteurs limitant comme vos autres poissons de fond (ancistrus, pleco, etc) qui aiment avoir leur territoire : avec 1cm/dm² les crevettes devraient s'adapter à tous les bacs quelle que soit leur population, alors que les 2cm/dm² sont à réserver aux bacs avec très peu de poissons de fond. Impossible de faire un barême précis : à vous d'évaluer, selon vos propres poissons, de quelle surface vous disposez pour accueillir les crevettes. En outre, il est peut être possible d'en mettre plus que 2cm/dm², mais je préfère rester prudent et ne pas m'avancer sur ce sujet pour le moment.
Dimorphisme sexuel :     Sur le plan morphologique, il y a quelques différences entre mâles et femelles, à commencer par la différence de taille : environ 3 cm pour le mâle, 5 cm pour la femelle. La femelle dispose d'une cavité sub-abdominale importante destinée à recevoir les oeufs, et cette cavité reste très visible même lorsqu'elle ne porte pas d'oeufs.
   Autre différence, le motif formé par les points noirs sur les flancs : sur les mâles ceux-ci sont bien ronds, distincts et régulièrement espacés sur les flancs, alors que sur la femelle les points ont tendance à s'allonger et à former des lignes plus ou moins continues.
    Mais la différence la plus flagrante se manifeste lorsque la femelle est gravide, car on voit alors très nettement la masse d'oeufs, plus ou moins sombre selon l'éclairage, à l'intérieur de son abdomen transparente, entre ses organes natatoires.
    Autre détail, les "organes natatoires" se trouvant en dessous de l'abdomen (je les appelle ainsi car ils servent d'abord à la propulsion lorsque les crevettes nagent) chez la femelle ils servent aussi à brasser et oxygéner les oeufs, et j'ai lu que chez le mâle ceux situés le plus en avant servent aussi à canaliser leur semence lors de l'accouplement, et sont par conséquent plus longs que chez la femelle.
Reproduction :    La période de reproduction, dans le milieu naturel, s'étend sur environ 4 mois du printemps au début de l'été. Dans nos aquariums, pas de saison : les femelles peuvent donc produire des oeufs tout au long de l'année, mais elles ont une période de "productivité" plus grande qui correspond à peu près à cette même période printanière. La femelle a une durée de cycle de plus de 6 semaines. Lorsqu'elle est prête à être fécondée, elle libère une dose de phéromones qui attire tous les mâles alentours. Les mâles s'agglutinent autour d'elle dans le même but, mais un seul d'entre eux va être "autorisé" à s'accoupler, ventre contre ventre, pendant quelques instants. La femelle, ainsi fécondée, va pouvoir développer ses oeufs dans sa cavité abdominale pendant 5 semaines environ avant de relacher les larves fraichement écloses.
    Les larves, qui naissent dans l'eau douce des rivières et des fleuves, sont entrainées par le courant jusque dans les eaux saumâtres de l'embouchure du fleuve, puis s'y développent pendant plusieurs semaines avant de remonter le courant, vers les eaux douces. Et c'est là que réside toute la difficulté pour l'aquariophile qui cherche à les reproduire en captivité : il faut reproduire les mêmes conditions que dans la nature, ce qui signifie saler l'eau puis la désaler en respectant au mieux le cycle naturel. Il n'y a donc pas d'autre solution que d'élever les petites bêtes dans un bac séparé.
Nourriture :     Réputée pour son appétit pour les algues, et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle est tant appréciée. Mais son régime alimentaire ne s'arrète pas là : comme la plupart des autres crevettes et crustacés, elle se nourrit des divers déchêts organiques qu'elle peut trouver au fond du bac (déjections, restes de nourriture). Curieusemsnt, elle ne touche pas aux plantes en décomposition, ce qui paradoxal pour une crevette réputée végétarienne ! En revanche c'est une charognarde notoire : cadavres de poissons et autres animaux la rendent frénétique ! Un cadavre de poisson ne reste jamais intact longtemps et est très rapidement "nettoyé" avec de telles crevettes....
    C'est d'ailleurs le deuxième bénéfice qu'apportent ces crevettes à votre aquarium : elles consomment beaucoup de déchêts organiques et contribuent à leur élimination plus rapide. Attention cependant ! elles ne sont pas là que pour faire les éboueurs, donc vous pouvez aussi les nourrir, à moins que votre bac contienne suffisamment d'algues vertes. Avec de très petites quantités de pastilles pour poissons de fond ou crustacés, dont elles sont très friandes. Les miennes aiment tout particulièrement les pastilles "JBL Novo Fect" qu'elles se disputent avec les ancistrus !
Qualité de l'eau :     Caridina Japonica peut s'adapter à la plupart des qualités d'eau, au pH, à la température, et à la salinité très diverses : comme on trouve cette crevette dans des habitats aussi divers que des rivières de montagne ou des marais, elle s'adapte à merveille à de l'eau douce et légèrement acide comme à de l'eau saumâtre, dure et alcaline (par exemple : un bac spécifique pour Vélifera avec 4% d'eau de mer). Toute température d'eau entre 20 et 30°C peut convenir, même si l'idéal reste entre 23 et 27°C. Une contrainte cependant, commune à tous les crustacés : la crevette mue régulièrement, et il lui faut donc du calcium ainsi que d'autres minéraux essentiels pour reconstituer son exuvie (squelette externe). Il faut donc veiller à avoir un GH et un KH non nul, donc attention aux bacs amazoniens avec eau osmosée ! Les marais de Yamato (un de leurs nombreux habitats naturels) ont une eau dont le GH varie entre 2 et 10, ce qui ma foi n'est pas si élevé que ça, donc ça laisse tout de même de la marge ! J'ai pu remarquer toutefois que les crevettes muent plus régulièrement dans une eau à forte minéralité.
   Attention aussi à la présence de métaux lourds dans l'eau, qui sont réputés particulièrement néfastes pour les crustacés, dont ils entravent sur le long terme le mécanisme de mue; donc à surveiller, en particulier si votre bac contient de l'eau du robinet. Une autre contrainte dont on m'a fait part est la sensibilité aux nitrates : dans ma propre expérience les Caridina peuvent tolérer facilement plus de 50 mg/L de NO3, mais comme pour la plupart des organismes aquatiques, il est recommandé pour leur espérance de vie, de maintenir ce taux le plus bas possible.


© Patounet 04/2004